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Fables, Centre céramique de la Borne, été 2013.



FABLES

La redécouverte de l’immensité du paysage depuis le nouvel atelier a coïncidé avec un évènement que j’attendais depuis 40 ans : une exposition en 2008 de l’ensemble de l’œuvre du peintre flamand Joachim Patinir, premier peintre de paysage pur, précurseur et génie inégalé du genre. J’ai cherché alors, sur des formes simples de disques ou de cylindres, un équivalent de la perspective atmosphérique, par un jeu de glacis, de fondus de tons bleutés venant diluer les matières brunes et terrestres des premiers plans.

Il ne s’agissait pas de travailler le paysage en peintre, avec des pinceaux, comme ont pu le faire Chaplet dans ses barbotines ou les peintres de la manufacture de Sèvres qui ont su copier à merveille des tableaux de maîtres, mais de chercher des couvertes aériennes pour le ciel, fondantes et diffusantes pour les lointains, terrestres et solides pour les premiers plans. Le travail de superpositions se faisant entièrement à l’aveugle, seul le défournement pouvait me dire si j’ai eu la bonne intuition, si le feu et la matière ont bien fait leur travail.

J’ai repris en 2012 cette recherche, non plus devant le paysage bourguignon, mais sur le thème de la montagne, à partir de souvenirs d’enfance dans les Bauges et les Préalpes pour une exposition au musée Faure d’Aix-les-Bains.

Je pensais à cette occasion m’être débarrassé de cette obsession du paysage, mais l’émotion ressentie récemment à Lille lors de l’exposition « Fables du paysage flamand » était telle que j’ai éprouvé le besoin d’explorer de nouveau ce thème, cette fois-ci en tentant d’y intégrer la part d’étrangeté qui émane de ces tableaux flamands. Ce n’est bien sûr ni dans la mythologie ou la Bible que je vais alors chercher une histoire, mais dans une nouvelle matière céramique, ou une couleur dissonante qui, introduisant une aventure, tentera de décaler la perception du paysage vers d’autres fantasmes.